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Le personnage

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Le pianiste


Viñes, dès ses premiers contacts avec le public, c'est à dire dès son adolescence, réalise qu'il est différent de ses condisciples, et des autres pianistes qu'il peut écouter. Il affirme sans fausse modestie :

« L’admiration que cause mon jeu n’est pas de cette sorte légère, banale, courante et passagère pour laquelle les dames disent, en fermant les yeux : c’est exquis, c’est charmant, c’est délicieux, etc. Succès d’exclamations arrachées par les artistes à la gomme comme les pianistes Francis Planté et Louis Diémer, succès qui paraissent colossaux dans la salle sur le moment, mais qui sont vides et où l’enthousiasme même de ceux qui l’ont prodigué est oublié un quart d’heure après ! Non ! L'admiration que je cause est de celles (...) qui restent gravées éternellement dans la mémoire de ceux qui la ressentent ».

[Ricardo Viñes : Journal inédit du 21/02/1895]

 

Certains critiques ne s'y trompent pas et décèlent chez le très jeune pianiste des qualités bien particulières. Dès 1894 l'on peut lire dans la presse :

« Les qualités distinctives de Ricardo Viñes sont d’une flexibilité merveilleuse et d’une pureté de style admirable ; tantôt il vous enthousiasme avec véhémence, tantôt il vous émeut avec une exquise touche de délicatesse. Son jeu ne peut pas être plus vaste, plus varié, ni plus personnel, et tout en lui est marqué sans équivoque des traits de physionomie de l’artiste ».

Ricardo envisage son "métier" d'artiste comme un sacerdoce et l'exerce avec une abnégation qui requiert de sa part des qualités aussi bien morales qu'intellectuelles ou artistiques.

Son honnêteté, son intégrité lui sont parfois un handicap pour assurer sa carrière, il nous confie en décembre 1903 :

"(...) ce qui est une vertu et un mérite : la délicatesse, ne sert qu'à être un empêchement pour "arriver", mais moi, je préfère prendre plus de temps, et parvenir avec honneur, c'est à dire sans faire de concessions, à rien ni à personne"

Il est vrai que le chemin choisi par Viñes est ardu, difficile, l'on ne provoque pas un succès délirant lorsque l'on se fait l'apôtre de la musique de son temps !

« Chez lui, écrit son ami Gustave Samazeuilh, la perfection de la technique, le raffinement de la sonorité, la minutie de la mise au point n’étaient que des moyens pour arriver au but poursuivi – mais des moyens dont il voulait pouvoir tirer tout le parti possible. »

Viñes, de tempérament passionné, devra retenir, contrôler le feu et la violence qui l'habitent parfois. Pour lutter contre son intrépidité il intériorise son jeu et la critique lui reproche parfois « une certaine froideur », alors dit-il que :

« C’est tout le contraire ! Dans ma manière de jouer, il y a quelque chose de l’art d’un Whistler, complexité dans le fond avec en même temps une simplicité apparente. Comment séduire le public dans ces conditions ? ».

[Ricardo Viñes : Journal inédit du 23 avril 1900]


Viñes n'imite pas ses illustres contemporains en se livrant à une gestique outrancière, qui frise souvent le ridicule.

« Lorsqu’on aime véritablement la musique, écrit G. J. Aubry, il est très difficile de ne pas exécrer les interprètes ; les moyens qu’ils utilisent, sont en effet souvent au-dessous de la bassesse même, et ils se servent d’eux de cette manière uniquement pour amasser les hommages exclusifs de la multitude, sans prêter aucune attention à la dignité des œuvres ni même à leur propre dignité ».

[G. Jean Aubry La Musique française d'aujourd'hui. Paris, Librairie Académique Perrier, 1916.]


Maria Canals, écrira à ce sujet :

« Il était absolument opposé à l'école qui enseignait encore la pratique des gestes inutiles et qui préconisait l'effleurement des touches du clavier. "

Lorsque l'on demandait à Viñes des conseils pour améliorer la qualité du jeu pianistique il répondait invariable--ment : "Il faut lire !"
Cette boutade nous révèle en fait une des qualités essentielles d'un inter--prète: la culture.
Viñes possédait une culture à la fois étendue et éclectique, sa soif de connaissances sans limite et sa prodigieuse mémoire le font accéder aux autres arts tels que la littérature, la poésie, la peinture etc. Ce qui, par exemple, lui fait établir des compa--raisons entre la perspective picturale et la perspective musicale. Son réper--toire immense qu'il jouait toujours par cœur faisait l'admiration de ses con- temporains :

" Son répertoire tient du prodige et peut-être nul pianiste n'en connut-il un semblable : on se demande comment il a pu seulement lire tout ce que de mémoire il joue. Il a toujours l'air d'avoir le temps : il trouve celui de vous signaler dans quel coin de Paris on peut voir un nouveau pastel de Redon, un Monticelli somptueux. On le voit à tous les concerts, il vous en remontre sur les poètes que nous savons le mieux. Au sortir d'un récital où il vient de fournir un effort considérable, il s'en va au bras d'un ami réciter plusieurs centaines de vers de Baudelaire ou de Verlaine. Il se livre à tout sans langueur, il n'est jamais las d'admirer il n'est rien qu'il ignore : on peut causer avec lui pendant des heures durant et oublier qu'il est pianiste. Il sait tout ce qui est bon de connaître pour donner à la musique un autre rang que de métier. Nous lui devons de connaître et d'aimer beaucoup. Il est un exemple des vertus rares et nécessaires qu'il faut qu'on ait quand on veut servir la musique. On n'a pas le droit d'ignorer qui peut donner autant de joie et sait convaincre les plus sceptiques qu'aucun compromis ne m'impose à qui sait ce que veut l'Art.

Ricardo Viñes est un prodige tranquille."

[G. Jean Aubry, La Musique française d'aujourd'hui, Paris Librairie Académique Perrier, 1916.]

 

Viñes est constamment préoccupé par le fait d’améliorer son jeu :

« J’ai décidé, dit-il en 1897, de changer ma manière de jouer en faisant des exercices spéciaux, parce que je veux sortir de moi-même, je veux régénérer ma façon de jouer, paraître un autre, c'est-à-dire me rajeunir au piano pour ne pas être maniéré et pouvoir jouer de différentes façons ».

En 1947, Léon-Paul Fargue écrira :

« (...) Viñes savait communiquer aux sonorités du piano, au langage du piano, une coupe personnelle, une sorte de solidité fluide et lisible qui nous aurait permis de le reconnaître d'assez loin dans l'ombre, dans les franges, dans quelque retransmission, ou même caché dans une armée d'exécutants, comme on reconnaît un message. Il avait une façon d’accoucher le clavier qui faisait que Les Collines d’Anacapri par exemple, jaillies de ses mains, semblaient tomber des cimes d’un art magique, d’un art second. Il ajoutait ce quelque chose au jeu, qui transcendait les touches et se proposait en contact direct de son cœur au nôtre, établi sur une piste harmonique. Il avait la fougue, l’autorité, la précision, la souplesse des pianistes célèbres, mais il les dépassait par une équation personnelle féerique, une sorte de murmure».

[Léon Paul Fargue : Un héros de la Musique, Le Figaro, Paris 10 mai 1947.]

 

La critique, la plupart du temps lui rend hommage et prend conscience que son parcours artistique diffère en tout point des autres pianistes.

Robert Brussel, critique au Figaro écrit :

« Devant cette grande figure de la musique contemporaine, on éprouve quelque gêne à parler de virtuosité. Il y a autre chose en Viñes qu’un interprète, si éblouissant soit-il : un inspiré qu’a toujours guidé et conseillé un amour magnifiquement désintéressé de la musique ». Le compositeur Henri Barraud, dira : « Quand joue ce vivant symbole de la probité artistique, ce n’est point le pianiste que l’on écoute, mais simplement la musique »… Jean Marnold est dans la même ligne de pensée lorsqu'il écrit : « Il ne semble pas qu’il joue du piano, mais la musique elle-même. C’est plus qu’un virtuose : c’est un artiste, et un artiste comme il y en a très peu, peut-être n’y en a-t-il pas même un seul parmi les virtuoses ».

Pour ce qui concerne son interprétation des œuvres de Debussy, René Leibowitz témoigne :

"Nous vivions alors l'époque dite impressionniste des interprétations de Debussy, et Viñes me mit en garde contre les abus de cette conception. Il critiqua très fortement l'atmosphère brumeuse et vaporeuse de la plupart des exécutions, et me signala entre autres, les deux faits suivants : Debussy, lui-même, ne jouait pas de cette manière, et il ne la prisait guère chez les autres; par ailleurs, l'étude des partitions d'orchestre de Debussy révèle (dès les œuvres de jeunesse) une instrumentation très incisive, souvent plutôt "acidulée" qui va totalement à l'encontre des pratiques de l'époque"

[René Leibowitz, Le compositeur et son double. Gallimard, Paris 1971]

 

Sobriété et simplicité, ces deux qualités - appartenant déjà à l'esthétique du XXème siècle - vont parfois lui valoir des critiques sur une soi-disant froideur de jeu !

Ses admirations artistiques le portent toujours vers ce qui est sobre, simple, exempt de toute prétention, c'est ainsi qu'il écrit au sujet d'une interprétation de Wagner par le chef Félix Mottl :

" C'est le style tel que je le comprends qui consiste à ne pas penser à l'effet facile, mais à la clarté, à la diversité des plans, et finalement à la perspective."

[Ricardo Viñes Journal inédit du 17/01/1897]

 

Quatre Concerts Historiques

Cet interprète de la musique de son temps, sera aussi celui qui va créer une nouvelle conception du récital de soliste. Contrairement à ses collègues dont les programmes de concerts étaient conçus de façon à faire valoir le soliste et non l'intérêt d'une œuvre, programmes "fourre-tout" : un mouvement d'une sonate, un morceau de virtuosité suivi d'un autre extrait, une transcription d'une œuvre orchestrale, toutes époques confondues dans un désordre indescriptible. Viñes est un des premiers sinon le premier à proposer en 1905, des programmes de concerts d'un genre totalement nouveau. Il va donner en effet quatre concerts offrant un panorama de la musique pour clavier du 16ème siècle au 20ème. Pour se faire il va passer des heures dans les bibliothèques afin de révéler au public les œuvres du passé. Il opère un choix dans ce qu'il y a de plus caractéristique pour chaque époque et chaque pays, ces œuvres sont totalement ignorées du public, seulement connus de quelques musicologues. Afin de jouer ce répertoire d'œuvres anciennes il trouve à la maison Érard un pianoforte du XVIIIe siècle qui a appartenu au chanteur, Henri Garat. Il prend conseil de ses amis Jean Marnold et La Laurencie sur l'interprétation de ces partitions. Il vit dans l’angoisse devant l'énormité du projet et le peu de temps dont il dispose pour le réaliser.

« Je ne vis qu’avec l’idée fixe de ces quatre concerts énormes que je vais donner et qu’il m’a fallu préparer tellement vite, ce à quoi personne ne croira, mais c’est presque une folie que je fais de donner ces concerts, ayant eu à apprendre – totalement nouveau pour moi – plus de la moitié des morceaux, quelque chose comme quarante, et dont, en octobre, je ne savais pas une note ! Que Dieu m’aide dans cette entreprise et pour fournir un tel effort ».

 

Le lundi 27 mars 1905, il rend compte du premier de ces quatre concerts :

« Je n’ai pas eu une seule défaillance de mémoire dans aucun des morceaux, sauf dans une mesure ou deux de la pièce de Cabezón, mais ce fut imperceptible ; par contre, j’ai passé des moments épouvantables avec la peur constante de me tromper, surtout dans la première partie du programme »…, un programme intitulé « De Cabezón à Haydn » (...) Le pianoforte que Blondel a restauré a beaucoup plu. Bien que le toucher soit très difficile, tout m’est venu divinement bien, et l’on aurait pensé que j’ai longtemps étudié sur cet instrument, alors que je n’ai essayé que trois fois les pédales qu’on actionne avec les genoux ; en fait cela ne m’a nullement gêné ».

Le deuxième concert a lieu un mois plus tard, le 3 avril et s’intitule « De Mozart à Chopin ». Il comprend des œuvres de Mozart, de Beethoven, de Schubert et Mendelssohn, de Schumann avec la Fantaisie opus 17, et de trois pièces de Chopin. Le grand guitariste espagnol Miguel Llobet lui dira " qu’il joue la Fantaisie de Schumann encore mieux que le célèbre pianiste allemand, Emil Von Sauer."

Le 10 avril a lieu le 3ème concert consacré aux auteurs modernes. : Liszt, Castillon, Saint-Saëns, Charles de Bériot, Brahms, Grieg, Borodine, Albéniz, Granados, Balakirev et quelques autres, le succès est retentissant et pour une fois il est content et assure qu’il a joué « divinement »

« Ce qui a médusé et provoqué l’admiration des connaisseurs ce fut mon interprétation de la colossale Sonate de Liszt par laquelle je commençais le concert… Bériot m’a dit qu’il ne m’avait jamais entendu jouer aussi admirablement… et chose remarquable, cette sonate n’a pas paru longue… c’est miraculeux ! »

Le dernier concert (lundi 17 avril), d’auteurs « modernes » (Franck, Chausson, V. d’Indy, Fauré, Pierné, Debussy, Séverac, Ravel, Chabrier et d’autres moins connus : Samazeuilh, Henry Février, Léon Moreau, Rhené Baton), est une sorte d'« apothéose », la presse reconnaît la performance.

Louis Laloy dans Le Mercure Musical :

« Ricardo Viñes nous a fait assister, en quatre concerts, à un raccourci de l’histoire de la musique de clavier, depuis le XVIe siècle jusqu’à nos jours… entreprise immense par elle-même, et qui comportait l’étude d’œuvres bien étrangères au répertoire ordinaire de nos pianistes. Tout a été interprété avec l’intelligence la plus vive et la plus pénétrante, la virtuosité la plus accomplie, le sentiment le plus pur et le plus profond … M. Ricardo Viñes a un sens merveilleux de l’harmonie, et il a aussi des doigts de feu qui ont fait de l’Isle Joyeuse et de la Toccata de Debussy ce qu’elles doivent être : une fête fantastique et délicieuse, un triomphe de joie émue, une musique de paradis, ou plutôt encore d’îles fortunées où le bonheur coule à pleins bords ; je n’hésite pas à mettre Viñes au premier rang, non pas seulement des pianistes, mais des artistes de ce temps ».

Son ami Dimitri Calvocoressi, établit une comparaison entre les quatre concerts de Viñes et les sept concerts qu’Anton Rubinstein a donné en 1886. :

« En ce qui concerne les maîtres consacrés, les deux séries de programmes ne s’écartent guère l’une de l’autre, sauf toutefois à l’égard de Franz Liszt dont Rubinstein joua bien seize pièces, mais pas un seul de ses nombreux chefs d’œuvres », par ailleurs il souligne que Viñes ne fit pas précéder " ses concerts par de retentissantes annonces et s’abstint de faire proclamer en de propices communiqués les succès ». Viñes bisse un certain nombre de pièces, il en joue même qui ne figurent pas au programme : « Voici, une belle leçon donnée aux amateurs de réclame qui nous envahissent et l’attitude d’un véritable, d’un grand artiste ».

Technique, passion, clarté, précision, intelligence, sensibilité, abnégation, autant de mots pour définir le serviteur d'un art indéfinissable : La Musique

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